Le trafic à grande distance sur 144 MHz
Retour au menu : Le trafic - Index général

Voir aussi : la propagation - calcul d'une distance orthodromique -

La bande amateur des 2 m (144 à 146 MHz) est une des bandes les plus intéressantes pour la variété du trafic qui y est pratiqué : EME, SSTV, RTTY, Packet-radio, FM, Relais, Satellite et trafic DX en SSB.

Les modes de trafic à longue distance sur 144 MHz

Les ondes se propageant en ligne droite, comme la lumière, il n'est théoriquement possible d'atteindre que des stations en vue directe. Heureusement les ondes peuvent être réfléchies par plusieurs sortes de "miroirs" naturels ou artificiels qui nous permettent de trafiquer avec des stations situées au delà de l'horizon. Plusieurs modes de trafic différents peuvent utiliser ces miroirs :
- EME : réflexion des ondes sur la Lune, portée théorique : 20000 km
- Satellites amateurs utilisés en répéteurs, portée théorique dépendant de l'altitude du satellite (plusieurs milliers de km)
- MS : réflexion sur les traînées ionisées d'origine météoritiques : plusieurs milliers de km.
- Aurore : réflexion sur les zones ionisées accompagnant les aurores polaires : plusieurs milliers de km.
- E sporadique : propagation ionosphérique, plusieurs milliers de km,
- Tropo : propagation troposphérique, jusqu'à 1000 km
Ces deux derniers types de propagation sont utilisés pour le trafic DX direct sur 144 MHz

Distance théorique à l'horizon (d) en fonction de l'altitude (h)

La distance théorique à l'horizon est la limite de portée optique sur mer mais ne constitue absolument pas une limite pour les communications radio, même sur hyperfréquences.

 h(m)

 d(km)

 h(m)

 d(km)

 8

10

640

90

 32

20

790

 100

 70

30

955

110

 125

40

1130

120

 195

50

1330

130

 285

60

1530

140

 385

70

1760

150

500

80

3150

200


Le trafic DX direct sur 144 MHz

Un peu différent du trafic DX en décamétriques, le trafic DX direct en SSB sur 144 est tout aussi passionnant, même si les distances réalisées n'ont rien d'intercontinental. Il est à la portée de tous, même avec un matériel modeste. Des distances de plusieurs centaines de km sont courantes et en période de propagation troposphérique exceptionnelle on peut espèrer atteindre 1000km avec une simple yagi et une dizaine de watts tout en restant en plaine. Les balises lointaines permettent de surveiller les ouvertures.
La bande de fréquences utilisée s'étale entre 144,000 et 144,400 avec une fréquence d'appel CW qui est de 144,050 et une fréquence d'appel SSB de 144,300. La bande latérale utilisée est la BLS (USB).

Procédure de trafic

On lancera appel en SSB sur 144,300 avec une formule du genre :
"Appel DX de F8XXX, F8XXX département 63 lance appel DX en direction du nord et repasse à l'écoute de la fréquence"
Il est important de donner sa position géographique et la direction de l'antenne, ainsi un correspondant à l'écoute pourra rapidement orienter son antenne et se faire une idée de la qualité de la propagation.
Aussitôt un contact établi F8XXX proposera à son correspondant de dégager la fréquence :
"G3ZZZ from F8XXX, please QSY on 290". Avant de proposer 144,290 MHz, F8XXX se sera assuré que la fréquence de dégagement choisie était libre.
Plutôt que le nom du lieu d'émission peu précis et nécessitant une carte pour localiser le correspondant on utilise sur THF le QTH-locator (ou QRA-locator) qui est une forme réduite des coordonnées géographiques. Il est de la forme : "JN26AA".
Le groupe de caractères "JN26" constitue le grand carré locator utilisé par les DX-er .

La station et l'antenne

Pour le trafic DX il est quasi obligatoire de posséder une station émettant en BLU. Une puissance de 10 watts est parfaitement suffisante pour débuter, surtout en portable. Par la suite on pourra s'équiper d'une station multibande de 100 watts voire d'un amplificateur qui peut être de réalisation personnelle.
L'antenne minimum peut être une petite yagi 4 ou 5 éléments en polarisation horizontale. La directivité de l'antenne est à la fois un avantage et un inconvénient. C'est un avantage pour éliminer le QRM éventuel provoqué par une station émettant sur la même fréquence mais d'une autre direction. L'inconvénient de la directivité nécessite de tourner l'antenne souvent pour lancer appel ou pour écouter dans toutes les directions. L'antenne doit être située le plus haut possible et bien dégagée des obstacles environnants. On utilisera du câble de bonne qualité. Si la longueur du câble est trop importante il est recommandé d'utiliser un préampli de mât en réception.
Une antenne de 9 ou 11 éléments procure un gain supplémentaire. Pour augmenter les performances on peut ensuite réaliser un groupement d'antennes, par exemple 2x9 ou 4x11 éléments.

La situation du lieu d'émission

Même s'il est possible de faire du DX sur 144 en émettant depuis un centre-ville ou une vallée encaissée, il est toujours préférable de prendre de l'altitude pour éloigner l'horizon et se dégager des bâtiments, forêts et relief environnant. C'est la raison du trafic en point haut qui ajoute à l'efficacité le charme d'une sortie en plein air, surtout un dimanche matin ensoleillé. Le trafic en portable est un bon début avant d'envisager une expédition plus aventureuse.

Trafiquer en fonction de la propagation

On peut distinguer deux types de trafic DX en fonction de la propagation.
Tropo : les ondes se propagent à l'intérieur de la couche inférieure de l'atmosphère appelée troposphère. Des différences de température en fonction de l'altitude incurvent vers le bas le trajet des ondes qui suivent alors la courbure terrestre et peuvent être reçues beaucoup plus loin. Les signaux sont généralement instables et affectés d'un fort QSB (variations de l'amplitude du signal). Il arrive que la modulation soit déformée et chevrotante. Des contacts à 500 km sont assez fréquents les jours de concours, plus rares au-delà de 1000 km. On aura intérêt à surveiller les balises (entre 144,400 et 144,500).
E-sporadique : la couche E est située à une centaine de kilomètres d'altitude. Elle fait partie de l'ionosphère et réfléchit les ondes courtes, permettant de réaliser sur décamétriques des contacts à plusieurs milliers de kilomètres. En temps normal la fréquence maximum utilisable (FMU) pour trafiquer par réflexion sur la couche E est de l'ordre de 30 ou 40 MHz, quand le cycle solaire est favorable. Elle est donc inutilisable sur 144 MHz. Par contre il arrive qu'en certaines saisons des "nuages" ionisés se forment au niveau de la couche E qui réfléchissent les ondes de fréquence très élevées. Quand les fréquences dépassant 144 MHz peuvent être réfléchies il est alors possible de réaliser des contacts à plus de 2000 km avec une puissance de quelques watts et une antenne toute simple (voire un quart d'onde en mobile). Pour une station française les contrées suivantes deviennent alors accessibles sur VHF : HA, LZ, OK, SP, S5, T9, YO, YU, 9A... En surveillant la bande 1 de télévision on peut être averti assez tôt des possibilités de propagation exceptionnelle par E-sporadique (en général en mai-juin, le matin ou en fin d'après-midi).