D'une guerre à l'autre : les souvenirs de Robert POIRRIER

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Je suis arrivé vers 1922 à Bourg dans la maison familiale qui était juste au coin de la Rue de Rougemont (La Rue de la Forêt actuelle) et la Rue du Travers (La rue d'Alsace). On voit sur la photo qu'elle était vraiment au bord du chemin empierré (il ne sera goudronné que cinquante ans plus tard).




Avant la guerre de 14

Ma grand-mère me racontait des histoires qui s'étaient passées avant la guerre. Elle se souvenait même de la guerre de 1870, quand les soldats prussiens qui cantonnaient chez eux partaient pour attaquer Belfort après avoir pris le repas du soir à leur table. Jules B., un voisin qui allait devenir mon beau-père bien des années après, racontait qu'en 14 il était au front en Alsace, du côté de Dannemarie et que, pour faire plaisir au haut commandement, les Français attaquaient toujours avec succès les tranchées allemandes. Quelques jours plus tard, c'était au tour des Allemands d'attaquer et les Français reculaient dans la tranchée de seconde ligne. En fait les Français et les Allemands s'étaient arrangés et les combats ne faisaient que du bruit. Mais, en voyant qu'il n'y avait jamais de morts, l'état-major a fini par comprendre l'astuce et les troupes concernées ont été envoyées au Linge(1) où on se battait pour de bon. Heureusement, quelques mois plus tard, Clémenceau a rendu visite au front d'Alsace et ceux qui, comme Jules BEGUE, avaient trois enfants ou plus on été renvoyés dans leurs foyers.

L'école

J'allais à l'école à Anjoutey puisque l'école de Bourg avait fermé au début de la guerre, en 1915, quand l'institutrice était partie comme infirmière aux armées. On allait à l'école en groupe, parfois je partais tout seul. On me mettait une blouse noire et des souliers, pas des sabots, parce qu'on abîmait les sabots en faisant des glissades. A l'école, les filles et les garçons étaient séparés, même dans la cour qui était coupée en deux par une barrière et par les cabinets. On jouait au barres et aux billes. En dehors de la cour d'école on ne jouait pas, on n'avait pas le temps car il fallait aider au travail de la ferme. En plus, il n'y avait pas beaucoup de garçons de mon âge dans le village. L'école avait deux classes, une pour les filles avec une institutrice et une autre pour les garçons avec un instituteur. Il y avait trop d'élèves, la cour était trop petite. On allait à l'école de 6 à 13 ans, jusqu'au certificat. J'aimais bien la géographie, on étudiait les départements, les colonies... On apprenait aussi l'histoire jusqu'à la guerre de 14, le calcul mental, la grammaire... J'étais passionné de lecture, je lisais parfois jusqu'à trois heures du matin des livres que j'empruntais à la bibliothèque communale de Bourg. Comme il n'y avait pas d'électricité, j'avais une petite lampe à pétrole avec un abat-jour. Il a fallu attendre 1950 pour avoir l'électricité. Pour aller dans la grange ou l'étable le soir, on avait des lanternes à pétrole.

Le vélo

Une grande récompense, pour celui ou celle qui venait de réussir son certificat d'étude donc vers l'âge de 12 ou 13 ans, était de recevoir un vélo en cadeau. C'est comme ça que j'ai récupéré le vélo de mon père que le mécanicien de Saint-Germain m'avait adapté. Ah, j'en ai fait des kilomètres avec. J'allais jusque dans le Doubs pour rendre visite à la famille ou je montais le Ballon d'Alsace en passant par Giromagny et je redescendais par la vallée de Masevaux. Un jour, on est parti avec l'Aimé F. du haut du village. Il avait de la famille à Sewen. Partout ou l'on passait, il fallait s'arrêter pour boire une chopine. Il a voulu qu'on monte jusqu'au lac d'Alfeld (on disait le "réservoir") en prenant un raccourci, il a fallu porter le vélo sur le dos jusqu'en haut ! Après, en redescendant, rebelote, on ne pouvait pas passer devant un bistrot sans boire un coup.
Il commençait à faire nuit et je n'avais pas de lumière. A cette époque on craignait les gendarmes qui faisaient la chasse à ceux qui roulaient sans lanterne. Heureusement, il m'a prêté sa lampe à carbure et a acheté un lampion. Je n'avais pas fait cinq cents mètres que je rate un virage et que je bascule dans le talus. On m'aide à me relever mais pas de chance, la lampe est en morceaux. Tant pis, on continue, il faut bien rentrer. Quand on est arrivé à Lauw, devant la carrière, il me crie "attention aux rails ! " et c'est lui qui s'est cassé la figure dans la voie de chemin de fer qui traversaient la route... Au bout de quelques kilomètres, je suis arrivé à Rougemont après avoir pédalé dur pour monter la côte. Je croyais que mon compagnon me suivait, je l'appelle, personne ! Je commençais à avoir peur qu'il ne lui soit arrivé un accident, dans l'état où il était... Alors j'ai fait demi-tour pour le chercher dans je ne sais quel fossé. Et quelques centaines de mètres plus loin, je l'ai rencontré qui zigzaguait sur la route en poussant le vélo, à pied. Mais il restait encore du chemin à faire. Il faisait nuit depuis longtemps quand on est arrivé à Saint-Germain. C'était la fête au village, Aimé avait encore soif mais pour moi ça suffisait comme ça. Il ne restait plus qu'un kilomètre à faire, on s'apprête à tourner pour prendre la route de Bourg, qu'est ce qu'on voit ? Les gendarmes...

Le petit train

Pour aller à Belfort, il y avait aussi le tramway, le "tacot" comme on l'appelait aussi. C'était un petit train local à voie étroite qui allait de La Chapelle-sous-Rougemont jusqu'à Belfort et même plus loin, à l'autre bout du département, à Réchésy. Il y avait un embranchement aux Errues pour aller jusqu'à Etueffont et il fallait quelquefois changer de voiture, c'était le transbordement. On pouvait prendre le tacot à Anjoutey, à la gare qui était sur la place, mais c'était moins loin pour nous d'aller à pied jusqu'à la gare de Saint-Germain, en face de l'école. Il descendait de Rougemont à 7 heures du matin pour aller à Belfort, remontait à 8h30, redescendait à 10h30 et ainsi de suite jusqu'à 7 heures du soir. Aux environs de 1930, des cars ont remplacé le tramway et on a commencé à voir de plus en plus de voitures.

Les voitures

Je suis monté pour la première fois dans une voiture quand j'avais 6 ans, donc c'était en 1922 ou 23. Un marchand de bestiaux juif (les marchands de bestiaux étaient tous juifs avant la guerre) était venu chercher mon père pour aller voir une vache à Foussemagne et j'étais monté avec eux dans la torpédo Citroën. Je m'en souviendrai toujours, en sortant de Bethonvillers sur le chemin de La Rivière, on avait failli écraser des oies qui s'étaient précipitées devant la voiture.
Après 1930, ma tante de Châtenois venait nous rendre visite avec sa 5 chevaux Citroën. Elle nous emmenait parfois faire un tour le dimanche, on emmenait le pique-nique pour manger sur l'herbe. Un jour, je devais avoir 14 ans, j'ai profité de ce que tout le monde était encore à table pour mettre en route la voiture. Je ne sais plus comment j'ai fait mais j'avais regardé comment faisait ma tante, j'ai enclenché la première et comme le volant était complètement braqué la voiture s'est mise à tourner en rond et a terminé sa course dans une rigole, de l'autre côté de la route. Mon oncle, qui avait entendu le bruit, s'est précipité en sautant par la fenêtre et m'a couru après. Vous pensez bien que je n'ai pas eu les félicitations.

Les voyages

Mon premier grand voyage a été de prendre le train pour aller à un mariage à Villers-Cotterêts, au nord de Paris, dans l'Aisne. C'était en 36, avec la réduction sur les chemins de fer à cause des premiers congés payés. Comme j'avais plus de deux heures d'attente à Paris, j'ai mis ma valise à la consigne et je suis allé faire un petit tour à pied sur les boulevards. L'année suivante, ma mère et ma soeur sont allées à l'Exposition Universelle ; heureusement qu'on avait de la famille qui habitait à Paris.

Les loisirs

Les distractions étaient rares, on n'avait pas beaucoup de loisirs, avec la ferme. Pas de vacances pour ceux qui avaient des bêtes. A part le bistrot le dimanche matin, après la messe. D'ailleurs, les jeunes n'allaient à la messe que pour pouvoir aller boire un coup après. Avant la guerre, l'église d'Anjoutey était pleine le dimanche matin. Les trois bistrots aussi. Le samedi soir, il arrivait qu'on aille y passer la soirée à jouer aux cartes. Il y en avait un qui n'avait pas besoin de boire beaucoup pour nous raconter des histoires incroyables. Il avait des formules originales. Quand je le taquinais il me disait "microbe, mets-toi dans un bocal !" . Un jour qu'il n'était plus trop frais, il voit passer les gendarmes. Il les interpelle et leur dit "imaginez un peu que vous me courez après et que ce soit moi qui vous rattrape ? ". Et c'est lui qui a attrapé un beugnet. On ne pouvait pas rigoler avec les gendarmes.

Les surnoms et le patois

Entre villages, il n'y avait pas vraiment d'esprit de clocher. Mais on allait quand même plus facilement à Anjoutey qu'à Saint-Germain, à cause de la paroisse et du cimetière. Chaque village avait son sobriquet : les habitants de Bourg étaient les "Bottas", ceux d'Anjoutey étaient les Tchri-Tchri, à Etueffont-Haut c'étaient les "Taffians" et à Etueffont-Bas les "Biesneaux". J'avais peut-être sept ou huit ans quand ma mère m'avait envoyé un jour rechercher mon père qui faisait du bois dans la forêt. Des gars de Saint-Germain me voient passer et me crient "Botta ! Botta !" et je leur ai répondu en criant "Grosses-culottes ! Grosses-culottes!". C'était leur surnom, on ne sait pas d'où ça vient.
Pour les gens de Petit-Magny (ou de Gros-Magny, je ne sais plus), on avait un dicton en patois :
" Bo boyau di Mingny, ventré da sépri, djimbe de beu peuri !" Ce qui signifie : "Bo boyau (je ne sais plus ce que ça veut dire) de Magny, ventre de lait caillé, jambe de bois pourri !". Ce n'était pas vraiment méprisant.
Beaucoup de gens avaient leur surnom, ne serait-ce qu'à cause des homonymes. Il y avait :
- "chasseur", parce qu'il été soldat dans les chasseurs,
- "vieux maire" pour dire qu'il avait été maire dans le temps,
- "Pirobaque" et "Indrébaque" suivant que c'était un enfant du Pierre BEGUE ou de l'André BEGUE.
- "Yodine", de la "Claudine".

J'ai oublié le patois de Bourg, qui était différent de celui d'Anjoutey. Tout le monde comprenait le patois, même sans le parler. C'était souvent des mots de français déformés par une prononciation particulière comme : " va t'cherî " = va chercher, " tchi nô " = chez nous, " l'ovouenne " = l'avoine, "di bié " = du blé, " in bû " = un boeuf, " le tieuj'il" = le cuisinier, " an' muniotte " = une fille, " des pan'ter "= des pommes de terre, "les cobous " = légumes comme les choux-raves, les betteraves... Parfois c'était du français estropié : on disait "une pharmacerie" pour une "pharmacie". D'un village à l'autre, il y avait des différences. Certains mots venaient de l'allemand ou de l'alsacien : par exemple "in boub' " qui désignait un garçon ressemble beaucoup au mot allemand "der Bub ", le garçon.

Histoire de revenant

Le mot de patois " pouetche-feu " (le porte-feu) qui désigne le fantôme, le revenant, me refait penser à une histoire véridique que me racontait ma grand-mère, une aventure diabolique qui était arrivée bien avant la guerre de 14 à un habitant du village.

Le père F., qui habitait un peu en dessous de la mairie, avait l'habitude de rentrer parfois tard à la maison et pas tout à fait en état de marcher droit. Un soir qu'il rentrait de Saint-Germain à pied, en passant par le sentier qui servait de raccourci, il a été poursuivi de près par un pouetche-feu en forme de main. De peur, il s'est mis à courir à toutes jambes pour rentrer au plus vite dans sa maison. A peine franchi le seuil, il a refermé violemment la porte au nez du pouetche-feu. Il paraît que le lendemain matin, il a eu la preuve qu'il n'avait pas rêvé en voyant la trace des cinq doigts du pouetche-feu gravée sur la porte.

Les vieilles maisons

Dans les années 20, on voyait encore les ruines de la maison FROSSARD (repère F) qui avait brûlé bien avant la guerre de 14. Les maisons brûlaient bien dans le temps, avec leurs murs en torchis et leur toit de chaume. Ma grand-mère me racontait qu'une ferme de ce genre là, construite à l'entrée du village (repère A) était partie en fumée en moins de deux heures, les gens étaient allés rendre visite à de la famille dans le haut du village, quand il sont redescendus, il n'y avait plus de maison. Le tissage de mon arrière-grand-père BEGUE avait brûlé, lui aussi, et on en voyait encore les traces au coin de la rue de la Forêt et de la rue d'Alsace (repère T). Je me souviens avoir vu dans notre ferme (repère P), une poutre noircie qui provenait du tissage. Tout ce qui pouvait resservir était récupéré. Juste après l'atelier de tissage, un peu avant la mairie, il y avait les restes de la maison BULTEUX (repère B). Dans le haut du village, à droite avant la forêt, on pouvait voir les ruines de la maison d'un tailleur (repère C).
Toutes les maisons n'étaient pas des fermes, des maisons de paysans, même si tout le monde avait quelques bêtes et faisait un peu de culture pour manger. Il y avait des gens qui allaient à l'usine et qui avaient une vache. Les vrais paysans exploitaient des surfaces qui ne dépassaient pas 8 hectares, ils avaient alors de 3 à 6 vaches. Les plus riches avaient une paire de boeufs ou un cheval pour tirer la charrue, les autres attelaient les vaches. Autrefois, celui qui possédait le taureau du village avait le droit de le mettre en pâture sur le terrain communal mais dans les années 20, il fallait emmener les vaches au taureau jusqu'à la sortie d'Anjoutey en direction d'Etueffont. Heureusement, il y a avait des sentiers pour passer au plus court.

Les sentiers de contrebande

Des sentiers, il y en avait partout, on marchait plus que maintenant. Les rues étaient deux fois moins larges qu'aujourd'hui, c'était rare que deux véhicules se croisent, la Rue de la Forêt ne faisait guère plus que la largeur d'une voiture. (photo : Rue de la Forêt, juin 1967)
Avant la guerre de 14, quand Masevaux était encore en Allemagne, les contrebandiers passaient par Bourg pour aller jusqu'à Belfort à travers bois. Ma grand-mère me racontait qu'un jour il y en a qui avaient voulu cacher leurs marchandises dans la grange du grand-père. Bien-sûr, il avait refusé, car il ne voulait pas d'histoires avec les douaniers. Alors pendant une alerte, ils ont caché leurs ballots derrière des fagots de genêts entreposés contre le mur de la maison.
Ils trafiquaient surtout du tabac ou des armes de mauvaise qualité. Un jour, quelqu'un a voulu essayer un de leurs pistolets. Quand il a tiré, le canon s'est détaché et il lui est resté la crosse dans la main. Ils devaient bien passer du schnaps, mais à Bourg les gens avaient ce qu'il fallait.

Boire et manger

Une des traditions locales était de distiller. Il y avait plusieurs alambics dans le village. En ces temps là il y avait plus de neige que maintenant. C'est quand il était tombé des paquets de neige et que les routes étaient impraticables que les alambics tournaient le plus, parce qu'on savait qu'à ce moment-là les "rats de cave" ne sortaient pas de leur trou. On distillait un peu de tout, mais surtout des prunes, de la poire... enfin tous les fruits. On écrasait les pommes dans l'auge avant de les mettre dans le tonneau.
Presque toutes les maisons avaient un four à pain. On cuisait le pain pour 8 jours, pas plus. Et on mettait un peu de farine de seigle dans celle de blé pour qu'il reste frais un peu plus longtemps. On emmenait le grain à moudre au moulin de Bethonvillers pour avoir de la farine. En dehors des céréales, chaque famille cultivait des légumes, des pommes de terre, des choux pour faire de la choucroute...
Avant la guerre, j'aimais pêcher des écrevisses dans le ruisseau de Bourg. Le ruisseau était plus large que maintenant, on ne pouvait pas le sauter. J'achetais du foie mou à la boucherie et je plaçais mes "balances" en commençant au coin du bois. Il y en avait tellement qu'on pouvait choisir les plus grosses. Après la guerre, c'était fini. Il paraît qu'elles ont eu une maladie qui les a décimées.


La guerre de 40

Depuis le début de la guerre, j'avais réussi avec bien du mal et pas mal de chance à échapper aux rafles des Allemands parce que je faisais le paysan. J'avais deux vaches, pour pouvoir manger mais j'ai fait un peu le scieur de bois avec une scie entraînée par un moteur électrique. Pour avoir du courant je me branchais sur les fils électriques de l'EDF avec deux perches isolantes, il y avait un compteur électrique sur le moteur, évidemment. Par la suite, j'ai acheté une camionnette et une scie équipée d'un moteur Bernard à essence. Il y a eu plusieurs combats aériens, mais le seul auquel j'ai assisté, c'est celui qui a eu lieu le 12 septembre et où le commandant Arnaud a été abattu. Je me souviens que j'étais au bout de la maison et qu'il y avait deux ou trois chasseurs qui tournaient au-dessus du Bois de Roppe. A un moment donné, il y en a eu un qui est descendu et qui a disparu derrière le mont au dessus d'Anjoutey. J'ai su après qu'il s'était écrasé au dessus de l'étang de l'Autruche. On peut voir le cockpit de l'avion à Roppe dans la vitrine qui est sur la place. En fait, on a pratiquement pas vu de soldats allemands pendant la guerre. C'est seulement peu de temps avant la Libération que les bêtes ont été réquisitionnées par les Allemands. Le 23 novembre, ils ont fait sauter les ponts d'Anjoutey. Les troupes françaises avaient déja tiré des obus dans le bois du Châtelet depuis Grosmagny. Le bruit a couru alors que les Allemands ramassaient tous les hommes, les jeunes en particulier, pour les emmener en Allemagne. C'est à ce moment-là que je me suis sauvé dans les bois sous la pluie avec un copain. Dans la nuit, on est descendu à Anjoutey pour dormir dans une grange. Comme on arrivait dans le village on est tombé sur des Allemands qui reculaient. Ils nous ont menacé avec leurs armes et je n'ai eu que le temps de me jeter à plat-ventre dans une flaque d'eau.
Vers 7 ou 8 heures du matin, on a entendu des chars qui passaient sur la route de Bourg. On n'a pas reconnu tout de suite les soldats français car leurs casques avaient changé depuis le début de la guerre. Une demi-heure après je suis remonté seul à Bourg, on était libéré ! Une batterie d'artillerie était installée juste devant la maison et tirait en direction de Felon et de La Chapelle où les Allemands résistaient encore un peu ; elle n'est pas restée longtemps, les artilleurs ont accroché les canons et sont partis poursuivre les Allemands.

Aprés la Libération

A la Libération, il y avait à peine 20 habitants à Bourg répartis dans 8 maisons, surtout des vieux, le village s'étant dépeuplé tout doucement. Il n'y avait pas de prisonniers de guerre parmi les habitants. Contrairement aux autres villages, il n'y a pas eu de manifestations de joie à Bourg, on était content d'être libéré, c'est tout. Il faut dire qu'à cause de la dispersion des maisons, on n'allait guère les uns chez les autres, juste pour discuter et boire un coup après avoir donné un coup de main. La fête paroissiale et les cérémonies religieuses avaient lieu à Anjoutey. Après la guerre, comme la ferme était trop petite il a fallu que je cherche du travail et c'est comme ça que je me suis retrouvé aux Ponts-et-Chaussées avec la pelle et la pioche. Comme j'étais un des rares à avoir le permis de conduire, je me suis retrouvé très vite avec un camion. Mais ça, c'est une autre histoire...

(Propos recueillis en novembre 2001)

 

La scène se passe le 12 juillet 1936, au bord de la route de Bourg à Saint-Germain, en face du terrain de loisirs. Deux boeufs sont attelés à la charrette.

 

 


1. "Le Linge" ou Lingerkopf : crête vosgienne dominant Munster et la plaine d'Alsace. Des combats meurtriers y ont eu lieu en été 1915.
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