Les Eparges
17 février 1915 - 21 février 1915
Retour au menu :
Sur les pas de Ceux de 14


L'explosion de la mine* et l'attaque.

"Et c'est d'abord, contre nos corps accroupis, un sursaut pesant de la terre. Nous sommes debout lorsque les fumées monstrueuses et blanches, tachées de voltigeantes choses noires, se gonflent au bord du plateau, derrière la ligne proche de l'horizon...
...Maintenant les mines tonnent, lourdement, monstrueusement aussi, à la ressemblance des fumées. Le bruit reflue, roule sur nos épaules ; et tout de suite, de l'autre côté, du même côté, de tous les vals, de toute la plaine et du ciel même, les canons lâchent les vannes déferlantes du vacarme.
- En avant ! par un ; derrière moi.
Nous montons vers l'entrée du boyau**, sans la voir, bousculés par l'immense fracas, titubants, écrasés, obstinés, rageurs.
"
*au bout d'un tunnel creusé sous les tranchées ennemies, plusieurs quintaux d'explosif.
**tranchée en zig-zag


L'entonnoir*

"L'entonnoir, où l'on cause à voix hautes, où l'on monte et descend, collés par files aux parois gluantes, semble effroyablement plein d'hommes. Le crépuscule s'abaisse sur ses bords, triste, maussade, comme amolli de pluie prochaine...
...Un obus dans l'entonnoir,. Mémasse, notre franc-tireur est décapité comme Grondin. Je crois que Vercherin, l'ordonnance de Porchon, est touché.
"
*douze mètres de profondeur, trente de diamètre, le personnage qui déambule au fond en donne la mesure.


18 février

"On est là. On n'entend plus un mot monter de notre foule prostrée : les obus éclatent trop fort. De grosses torpilles* roucoulantes tournoient, se posent sans hâte, comme si elles choisissaient leur place, et violemment, à pleine force tonnante, ouvrent le plus grand trou qu'elles peuvent."
*bombe à ailettes.

La soif

"Butrel croise les courroies sur sa poitrine, étage les bidons sur son ventre, sur ses flancs, sur ses reins, puis s'en va.
- Ne passe pas par le boyau 6, Butrel !
- Mais non ! Mais non !
Il disparaît derrière une boursouflure du sol, et nous recommençons d'attendre. Au bout d'une demi-heure un brancardier remonte et dit :
- Butrel...
- Eh bien ?
- Au tournant du boyau 6... Une balle dans la tête... Il est par-dessus les autres...
Une angoisse assombrit des visages. Des voix s'écrient :
- Et nos bidons ?
"