Les bergers de l'Atlas et la tonte des moutons
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Dès que revient le printemps, Saïd emmène sa famille et son troupeau dans les "pâturages" d'été, là-haut sur la montagne. Quelques heures suffisent pour se retrouver perdu dans un ravin situé à près de 2000m d'altitude. Un campement confortable est établi pour toute la belle saison où Fadma et les trois enfants vont habiter. Saïd les ravitaillera régulièrement tout en continuant à travailler dans la vallée. Les enfants escaladent les rochers comme des chèvres sous l'oeil indifférent des parents, ce n'est pas sans risque et on ne peut s'empêcher de frémir en les voyant courir au bord d'une falaise.

 
 Ici l'herbe est rare mais les moutons savent la trouver.    Une grotte aménagée sommairement abrite toute la famille pendant les mois d'été

Saïd a une cinquantaine de moutons qu'il a rassemblés dans un petit enclos. Il faudra la journée pour les tondre en terminant par le bélier. Les bêtes se laissent faire, les agneaux ne sont pas tondus. Les ciseaux utilisés par les tondeurs sont de conception millénaire, ils ont été fabriqués par le forgeron du village, sans doute à partir d'un fer à mulet de récupération.

 
 Une brebis entravée attend son tour d'être tondue    Saïd aide le tondeur.

Le jour de tonte est un jour de fête pour toute la famille, des amis sont venus de très loin pour y participer. La journée se passe à discuter en buvant le thé pendant que les tondeurs travaillent.
 
 Le tondeur affute ses ciseaux avec une pierre.    La tonte est un jour de fête qui se termine par un repas.

Dès que le tondeur a fini son travail, Ito, la femme la plus âgée de la famille revêt l'habit traditionnel de la famille et apporte de l'eau au tondeur pour qu'il se lavent les mains et les pieds. Elle trait ensuite une brebis dont elle mélange le lait avec un peu d'eau dans un bol. Commence alors une cérémonie qui dure quelques minutes, on sent que chacun l'attendait et la tension est forte.
- Abdelramane, le fils de Saïd et Fadma, âgé d'une dizaine d'années s'éloigne un peu en grimpant dans la montagne
- Saïd ouvre la porte de l'enclos et pousse les bêtes dehors qui se bousculent pour sortir, les femmes présentes chasse le troupeau en chantant des "youyou"
- Ito, mère de Fadma s'est placée sur le passage du troupeau. Elle asperge les brebis avec un rameau trempé dans le mélange d'eau et de lait
- Fadma, non loin d'elle, jette sur le dos des bêtes une petite djelaba en laine, geste qui affole encore plus le troupeau
- Abdelramane, situé un peu plus haut appelle les bêtes pour les encourager à le rejoindre
La cérémonie, lourdement chargée de symboles, s'est bien passée, l'année sera bonne :
- les brebis aspergées par le lait et l'eau produiront beaucoup de lait
- la petite djelaba qu'elles ont reçu sur le dos les incitera à produire de la laine bien fournie et de bonne qualité
- le troupeau a rejoint Abdelramane en montant sur la pente : son effectif montera également dans les mois qui viennent.
La tension est retombée, chacun est soulagé et le repas, très simple mais combien symbolique lui aussi, peut être servi aux invités avant qu'ils ne redescendent au village ou ne rejoignent leurs campements.


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