Au Maroc, dans les familles berbères
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Ce qui suit n'est pas la réalité, c'est simplement ce que j'ai vu et appris.

Pour moi, traverser un pays sans chercher à rencontrer ses habitants c'est passer à côté de l'essentiel. Mais après tout, chacun fait comme il veut. Je suis entré au Maroc avec des a priori, j'en suis peut-être sorti avec d'autres, l'avenir le dira.

Ce qui surprend d'abord, c'est la solidarité et l'hospitalité entre les gens. L'honnêté aussi. Quand nous avons quitté la piste pour grimper jusqu'aux crêtes nous avons rencontré un vieil homme et son fils. Les mulets avaient trois cents mètres d'avance et quand nous sommes arrivés en haut ils étaient arrêtés à côté d'une ferme et les muletiers étaient en train de les décharger. C'était la maison du vieil homme et nous allions y passer la nuit. Mais d'abord le repas du soir préparé par la maîtresse de maison, un couscous. Toute la famille était là, enfants, petits-enfants et voisins proches. Une petite fête improvisée au nom de l'hospitalité. Le lendemain matin, il m'a fallu ruser pour laisser un cadeau me permettant de compenser un peu l'hospitalité reçue et que je n'aurais jamais pu rendre ; scrupule d'Européen.
En partant j'ai oublié mon opinel dans la maison et ne m'en étais pas rendu compte. Nous avions marché plus de quatre kilomètres lorsque nous avons entendu un appel dernière nous : c'était le vieil homme qui courait pour me rapporter mon couteau.


Je croyais que, parmi les enfants, les garçons étaient préférés aux filles. A aucun moment cet a priori n'a été confirmé. Par contre une fille qui n'est pas inspirée par l'école n'y restera pas longtemps, elle aidera sa mère dans les tâches ménagères. Le garçon, qui aura plus tard la responsabilité de l'argent de la famille, sera poussé un peu plus ; c'est ce qui explique qu'il y a 4 fois plus de garçons que de filles à l'école. Abdelramane a 8 ans, il va à l'école le matin et garde les moutons l'après-midi. Sa soeur, qui en a 9, a arrêté l'école cette année. D'après son instituteur, ce n'était pas son truc et on le comprend aisément en la regardant sauter dans les rochers avec les cabris de son père.

La solidarité entre les générations n'est pas un vain mot. Tel fonctionnaire qui est resté longtemps au chômage, nourri par ses parents, gagne maintenant 3500 DH par mois. A quarante ans, il est encore célibataire (malgré les efforts de sa mère pour le marier) mais il verse chaque mois la moitié de son salaire à ses parents bien qu'il n'habite plus chez eux.


Dans la famille, l'autorité revient au mari mais cette règle est appliquée comme elle l'était en France dans les années 50. Il y a ici des femmes qui portent le pantalon comme on disait autrefois et celle qui ne supporte plus son mari a la possibilité de divorcer, à condition d'avoir un travail pour subsister ou des parents prêts à la reprendre. Il semble qu'en règle générale le mari gère les affaires extérieures tandis que la femme s'occupe de la gestion du ménage. Elle porte sur elle la clef du garde-manger, tout un symbole.

La population marocaine est jeune, autrement dit les enfants sont plus nombreux que les vieillards. Pourtant ceux-ci ne manquent pas et certains dépassent largement les quatre-vingt ans. Ce sont les plus robustes, ceux qui n'ont pas eu besoin du médecin, qui atteignent un grand âge, les autres sont morts... Car la plus grosse lacune dans la société marocaine est bien la santé. Elle coûte très cher et les assurances sont inaccessibles à la grande majorité des gens. Les dispensaires locaux ont peu de moyens et il n'est guère question de se faire évacuer vers un hopital qui de toutes façons se trouve à 100 km et serait hors de prix. Il faut y penser quand on s'éloigne à plus de quelques heures de voiture d'un centre important. Les voyageurs européens sont souvent sollicités (avec une certaine retenue) pour avoir un conseil ou un médicament pour un bobo sérieux (ou parfois un cas grave) ou bien une maladie que les recettes traditionnelles ne guérissent pas. Il est souhaitable d'emporter une trousse à pharmacie contenant pansements, désinfectant, pommades diverses... En quittant les montagnards on fera des heureux en leur laissant les produits devenus superflus et encombrants.

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