Troisième jour : de Granum à Jaffray
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C'est une étape courte (264 km) qui va nous faire passer par un col à 1400m, le Crowsnest Pass, et voir enfin de près les montagnes qui nous barraient la vue vers l'ouest depuis Calgary.

 

Le grand saut des buffalos

Entre Granum et les Rocheuses s'allonge une chaîne de collines couvertes de landes. A une quinzaine de kilomètres de Granum, se trouve un endroit où les Indiens des plaines chassaient le buffalo d'une manière très particulière : en poussant le troupeau affolé au dessus d'une falaise d'où les bêtes tombaient et se fracassaient les os avant de s'entasser quelques dizaines de mètres plus bas. Ce lieu, appelé Head-Smashed-In Buffalo Jump, est transformé aujourd'hui en musée consacré principalement aux Indiens. Encore un musée "moderne" d'où l'on sort sans trop savoir ce que l'on a appris, mais il ne manque pas d'intérêt et le point de vue depuis le haut de la falaise montre un très beau panorama sur la prairie.

La prairie et les buffalos

     
 La flore qui compose la prairie est peu banale à nos yeux d'Européens. Les graminées sont nombreuses et sont très hautes dans les endroits fertiles. Ailleurs, il peut n'y avoir qu'un gazon ras ou des buissons.    Un descendant des buffalos qui parcouraient autrefois la prairie en hordes immenses.
Ceux-ci partageaient paisiblement une pâture avec d'ordinaires bovins.

La petite maison dans les collines

Peut-être que le sol rocheux n'était pas suffisamment généreux pour nourrir la famille d'éleveurs qui habitaient encore cette ferme il y a quelques décennies. A moins que ce soit le manque de voisins : il faut faire plus de trente kilomètres pour trouver un "general store". La route (non goudronnée) passe à proximité et l'eau ne manque pas, ce qui est un avantage indéniable dans cette région où il pleut très peu. Les Rocheuses, à quelques dizaines de kilomètres, forment un barrage infranchissable à l'humidité du Pacifique. Heureusement, il y a la neige en hiver.
Les constructions sont bien sûr en bois : murs en rondins et toits en bardeaux. De la gauche vers la droite on distingue un grenier, la maison d'habitation, une remise pour le matériel et une étable. A droite, invisible sur la photo, un hangar s'est effondré, rongé par le temps.
L'absence de forêt et de traces humaines dans ce paysage dénudé renforce l'impression oppressante d'isolement


Une ferme modèle ?

Pendant que j'étais en train de faire la photo ci-contre, une camionnette bondée s'est arrêtée à côté de moi. Le passager, un barbu paraissant la quarantaine m'a demandé en souriant si j'avais besoin d'un renseignement et nous avons entamé une passionnante conversation. J'ai ainsi appris qu'ils appartenaient tous à une communauté de "Huttrites", autrement dit des anabaptistes. Il nous a invité à faire un petit tour dans leur exploitation, installée dans un vallon, au bout du chemin à droite sur la photo.
La ferme (on devrait dire le village ou l'usine) qui est apparue sous nos yeux m'a vraiment stupéfait. L'étendue et le nombre de bâtiments, l'état remarquable du matériel agricole et des installations, et les maisons joliment construites contrastent totalement avec les autres fermes entrevues sur notre parcours. C'est plusieurs jours après que nous avons compris qu'il vivait là peut-être une vingtaine de familles partageant tout, paisiblement.

L'inconnu au-delà de l'horizon

On peut s'imaginer l'impression ressentie par le pionnier débouchant au haut de ce col dans les collines et découvrant la barrière infranchissable qui se dresse à l'horizon. Il n'y avait pas de route en ce temps-là, les chariots brinquebalants avançaient comme ils pouvaient dans la grande herbe, la rocaille ou les fonds de vallées marécageux.
Plus loin, dans la montagne, les cols franchissables sont rares, même de nos jours. Les sommets sont à 2700 m d'altitude, le col que nous prendrons plus tard, le Crowsnest Pass, est à 1400 m. La route qui nous y conduit traverse des paysages superbes, avec cet arrière-plan permanent qui semble à portée de main et inaccessible à la fois.
Le crowsnest pass

Littéralement "le col du nid de corneilles" ; à 1396 m d'altitude, il marque la limite entre Alberta et Colombie Britannique mais aussi entre la prairie et les régions Pacifique. C'est la végétation différente de celle d'Europe de l'ouest qui nous rappelle que nous ne sommes pas dans les Alpes. Les conifères sont très différents et les feuillus rares.

En descendant vers Jaffray

Faire des photos de cartes postales est à la portée du premier touriste venu : il suffit de garer sa voiture sur le bord de la route, tenir l'appareil horizontal et appuyer sur le bouton. Pas de cimenterie ou de ligne à haute-tension qui vienne gâcher le paysage, le panorama est de chaque côté de la route. On ne sait vers où tourner le regard. Et il en est ainsi pour toute la Colombie Britannique, du nord au sud. Dans ces vallées qui descendent vers l'Océan, les rivières ont souvent à dégringoler des pentes importantes, ce qui est plutôt rare en Europe. Un peu plus bas, elles déposent les arbres arrachés sur des bancs de galets.


Quatrième jour : de Jaffray à Revelstoke